Des pays qui illustrent la dette odieuse

 

1/ Le Congo-Kinshasa (RDC)

2/ Haïti    

3/ Congo-Brazzaville

4/ Irak 

 

  

La dette odieuse de la République Démocratique du Congo (RDC)

L’expérience de la RDC est un cas de dette odieuse presque caricatural tant elle est liée à l’histoire du règne du « maréchal-président » Mobutu.  

Absence de consentement

Accédant au pouvoir par la force en 1965, avec le soutien des puissances occidentales, Mobutu va bâtir un système de gouvernement fondé sur le pillage des ressources du pays et le clientélisme, écrasant toute contestation. Les affaires publiques sont privatisées, avec la bienveillance des partenaires occidentaux et de leurs entreprises. Les libertés civiles et politiques sont bafouées, la vie démocratique bannie.

 

Absence de bénéfice

Les prêts contractés par le régime Mobutu n’ont jamais bénéficié au développement du Congo, rebaptisé Zaïre en 1971. A la fin des années 60, le Congo présente le même niveau de développement que la Corée du Sud. La qualité des élites locales, l’immense richesse du sous-sol et le dynamisme économique le positionnent dans une situation beaucoup plus favorable que la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne. Quarante ans plus tard, le peuple congolais est pourtant privé de tous les services de base : en dépit d’investissements pharaoniques, tels que le barrage d’Inga (qui a englouti 2 milliards $ d’investissements), les Congolais n’ont qu’un accès intermittent à l’électricité. Les revenus issus de l’exploitation des ressources locales (diamant, cuivre, pétrole...) ont été largement détournés par Mobutu au profit de son clan et de ses soutiens. Les dépenses régaliennes (armée, police, prestige) ont explosé, la dotation présidentielle représentant jusqu’à 20 % du budget de l’Etat, mais les dépenses sociales n’ont jamais progressé.
 

Responsabilité des créanciers

 Les bailleurs de fonds, dont la France, ont vigoureusement alimenté ce système. Via ses prêts d’aide publique au développement et ses crédits à l’exportation, Paris a favorisé l’achat d’un appareillage militaire aussi coûteux pour les contribuables congolais que lucratif pour le clan Mobutu et l’industrie française. Dès 1982, un expert du Fonds monétaire international rend public un rapport qui pointe les pratiques mafieuses et prédatrices de l’élite zaïroise et met en garde les bailleurs internationaux contre le risque majeur de non-recouvrement des créances. La dette s’élève alors à 5 milliards de dollars. Dans les années qui suivent, les pays occidentaux prêteront néanmoins plus de 8 milliards de dollars au régime zaïrois. Une grande partie de ces financements revient séjourner dans des banques occidentales qui assurent de généreuses rétributions aux intermédiaires et amis politiques occidentaux. Lorsque Mobutu est chassé par Laurent-Désiré Kabila en 1997, sa fortune, disséminée dans une multitude de paradis fiscaux, est évaluée aux 2/3 de la dette publique totale du Zaïre. L’économie du pays est sinistrée, les infrastructures à l’abandon, les ressources énergétiques livrées au pillage. Quelques années plus tard, dont 5 plongées dans une guerre qui fera 3 millions de morts, 54 % des Congolais n’ont pas accès à l’eau potable et à peine plus de la moitié d’entre eux ont une chance de vivre au-delà de 40 ans.
 
> Télécharger la fiche complète sur la dette odieuse de la RDC
 

La dette odieuse de Haïti

Haïti paie cher son statut de 1ère République Noire indépendante, acquis dès 1804. Le pays est contraint en 1825 d’accepter de payer 150 millions de francs-or à la France pour la reconnaissance de son existence : une « indemnité » qui constitue la première obligation financière du pays envers une puissance étrangère. La dette extérieure actuelle s’est essentiellement formée sous le régime de Jean-Claude Duvalier, que les bailleurs de fonds ont accompagné de 1971 à 1986.
 

Absence de consentement

Arrivé au pouvoir en 1957, autoproclamé président à vie en 1964, François Duvalier exercera un pouvoir entaché de graves violations des droits humains, pratiquant les assassinats politiques pour museler ses opposants. Sa « milice volontaire », Les Tontons Macoutes, vivant de l’extorsion et du crime organisé, fait régner la terreur. On estime que 30 000 personnes sont alors victimes de ces crimes. A sa mort en 1971, son fils Jean-Claude lui succède. Malgré quelques gages de bonne volonté démocratique, il usera rapidement des mêmes méthodes répressives et clientélistes, tout en se consacrant à une activité économique mafieuse qui lui sera très lucrative.
 

Absence de bénéfice

Les projets liés à la filière sucre sont révélateurs de la dilapidation autour du financement de soi-disant projets de développement. Au début des années 70, non seulement Haïti était autosuffisant en sucre mais exportait en direction des Etats-Unis un sucre raffiné de qualité grâce aux 85 000 hectares plantés en canne à sucre. Début 1980, alors que la crise sucrière mondiale pointe, Haïti acquiert l’usine Darbonne, d’une firme italienne en mal de client. Son financement (70 millions de dollars) est assuré par des prêts de la Banque interaméricaine de développement et de la Banque mondiale. Un quart de siècle plus tard, cette acquisition est loin d’avoir bénéficié au pays : moins de 45 000 hectares sont plantés en canne à sucre et Haïti importe plus de 100 000 tonnes de sucre chaque année pour ses besoins de consommation intérieure. Ce projet a autant déstructuré le système de production haïtien qu’il a enrichi la firme italienne et les intermédiaires locaux. Dans le même temps, les conditions de vie des Haïtiens se dégradent, la malnutrition s’étend, les ressources minières du pays sont pillées.
 

Responsabilité des créanciers

Le cas du secteur sucrier est emblématique de la responsabilité des pays riches dans l’octroi, en toute connaissance de cause, de prêts destinés à d’autres fins que celle du développement. Jusqu’à son départ, les bailleurs de fonds ont alimenté le régime de Jean-Claude Duvalier, malgré l’usage des mêmes méthodes liberticides qui avaient valu à son père l’isolement financier de la communauté internationale. Une partie des sommes considérables qu’il détourne trouvera refuge en France. Une action en justice a même été intentée par l’Etat haïtien pour récupérer 120 millions de dollars de la fortune du despote alors exilé en France, sans aboutir. La justice française s’est alors déclarée incompétente. A la chute de J-C Duvalier en 1986, la dette externe du pays était évaluée à 800 millions de dollars, soit l’équivalent de la fortune estimée du clan Duvalier - Benett. Plus de 20 ans après, Haïti, victime d’une instabilité politique profonde, est un des pays les plus pauvres de la planète : 80% de ses habitants vivent sous le seuil de pauvreté et l’espérance de vie n’atteint pas 50 ans.
 
> Télécharger la fiche sur la dette odieuse de Haïti
  
 

Congo-Brazzaville : une dette odieuse gagée sur le pétrole

En 1985, alors que le prix du baril chute, le Congo Brazzaville fait appel au préfinancement pétrolier pour honorer sa dette. Ce mécanisme consiste à garantir l’octroi d’un prêt par des droits sur la production de  barils à venir. Les banques françaises et la compagnie pétrolière Total-Elf vont y recourir massivement, avec l’assentiment de l’Etat français, et bénéficier ainsi de l’essentiel des revenus futurs du pétrole congolais.
 
Ce système de prêts gagés a institutionnalisé le pillage des ressources pétrolières du pays et favorisé l’enrichissement des clans au pouvoir et de leurs complices français. Denis Sassou Nguesso, parvenu au pouvoir par la force en 1979 puis en 1997, a ainsi accumulé une fortune dépassant probablement le milliard de dollars. Les préfinancements pétroliers ont même perduré en pleine guerre civile, en 1998-99, finançant ainsi les armes qui allaient servir au massacre, par les milices de Sassou Nguesso, de dizaines de milliers de personnes.
 
La population congolaise, elle, est plongée dans la misère : alors que le produit intérieur brut par habitant avoisine théoriquement 1 000 dollars par an, 70 % des congolais vivent avec moins d’un dollar par jour, l’espérance de vie n’atteint pas 50 ans et la mortalité infantile frôle les 10 %. Quant aux citoyens soucieux de transparence dans la gestion des revenus pétroliers, ils sont réduits au silence.
 
Fin 2005, la dette congolaise atteignait 9,2 milliards de dollars : cinq fois le budget du pays. Total annonçait pour la même année un bénéfice record de 12 milliards d’euros. L’avenir n’est guère plus prometteur pour les Congolais : le pétrole encore enfoui est déjà hypothéqué.
 
> Télécharger l'article de Jean Merckaert "Un cadavre dans le placard" sur la dette congolaise, janvier 2007.

 

Irak : pétrole contre armes

Ce n’est pas un hasard si les Etats-Unis ont invoqué la notion de dette odieuse pour obtenir, en novembre 2004 au Club de Paris, l’annulation de 80% de la dette irakienne détenue par les principaux pays créditeurs. Car au-delà des intérêts immédiats des Etats-Unis en Irak (l’annulation a été décidée alors que l’élection du nouveau gouvernement irakien n’avait même pas eu lieu), la dette extérieure de l’Irak est effectivement odieuse - et en grande partie, militaire. Pendant les décennies 70 et 80, Saddam Hussein s’est constitué l’armée la plus puissante du Moyen-Orient, avec l’aide des gouvernements occidentaux, de leurs arsenaux et de leurs crédits, séduits par les pétrodollars. En Irak, ce sont donc les entreprises d’armement étrangères qui ont le plus largement profité de l’endettement.
 
De 1982 à 1987, l’Irak gage ses recettes pétrolières futures pour pouvoir rembourser ses emprunts. Il accumule une dette colossale. Alors que le produit national brut par habitant observait une chute dramatique, les dépenses militaires s’envolaient, atteignant, en 1986, 711 % du total des dépenses sociales. En 1988, au lendemain de la guerre contre l’Iran, le pays est au bord de la banqueroute, les infrastructures sont détruites et les cours pétroliers se sont effondrés. L’endettement est gigantesque – il est estimé à 80 milliards de dollars en 1988 – et les créanciers ferment les vannes. Devant cette impasse pétro-financière, l’agression du Koweït voisin est perçue par Saddam comme une opportunité stratégique ; avec le blocus qui s’en est suivi, elle achèvera en fait de plonger le pays dans la violence et la misère. Le despote, pour sa part, aurait placé en Suisse environ 6 milliards de dollars.
 
Pendant les années 1980, Paris a été l’un de ses plus constants pourvoyeurs d’armes. En réalité, la politique étrangère de la France a été complètement dévoyée par le lobby militaro-industriel (Dassault, Matra, Aérospatiale, Thomson…), sans aucun risque pour ce dernier, puisque les contrats étaient garantis par la Coface (donc par l’Etat). En huit ans de guerre, l’Irak a représenté pour ces entreprises un marché de 6 à 9 milliards d’euros.
 
> Télécharger la fiche complète sur la dette odieuse de l'Irak