ACTUALITES ET DEBAT: Les Ministres des Finances du G8 somment la Banque Mondiale de finaliser son Plan d'Allègement de Dette
Les Ministres des Finances du G8 somment la Banque Mondiale de finaliser son Plan d'Allègement de Dette
Les Ministres des Finances des pays membres du G8 se sont rencontrés en Russie le week-end dernier pour discuter, entre autres, de la sécurité énergétique, de la grippe aviaire et du plan d'annulation de dette multilatérale du G8. Concernant le thème de la dette, le communiqué final somme simplement la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement (BAfD) de finaliser tous les détails nécessaires à une exécution du plan aussi rapide que possible. Le communiqué établit ainsi:
"Nous reconnaissons l'importance de l'agenda du développement et appelons à l'exécution complète des engagements pris dans le cadre de l'Initiative d'Allègement de la Dette Multilatérale (IADM), ainsi qu’à une meilleure efficacité de l’aide et à un accroissement des dépenses d'APD. Nous soutenons tout particulièrement la décision de la Direction du FMI d’accorder un allègement de dette de 100 % et d'annuler les dettes de 19 pays dès début 2006, et nous encourageons l'Association Internationale de Développement de la Banque Mondiale (IDA) et la BAfD à finaliser de toute urgence les étapes nécessaires à la mise en oeuvre de ces mesures. Nous nous réjouissons que les bonnes performances économiques et l'amélioration de la situation budgétaire de la Russie lui permettent de s'allier aux autres pays du G8 dans le domaine du financement du développement, et lui permettent d’intensifier ses efforts dans ce domaine."
Depuis les premières annonces du plan il y a maintenant un an (par les Ministres des Finances du G8 en février 2005), les progrès ont été extrêmement laborieux, en particulier du côté de la Banque Mondiale. Alors qu'en janvier 2006 le FMI accordait une annulation de dette à 19 pays (à certaines conditions, et de ce fait excluant la Mauritanie), la Banque en est encore à finaliser les détails de la mise en oeuvre de sa part d'annulation de dette pour 18 pays. Les ONG ont condamné ce retard pour les vies humaines qu’il détruit, mais ont également exprimé leurs inquiétudes quant au plan de mise en oeuvre de la Banque. Avant la réunion des Ministres des Finances du G8, plusieurs ONG ont émis un communiqué dans lequel elles ont souligné leurs préoccupations, qu'elles ont demandé aux Ministres du G8, en tant que représentants des principaux actionnaires de la Banque Mondiale, de traiter de toute urgence.
Les critiques tournent autour de trois thèmes:
1. La Banque Mondiale propose un délai montant à 15 mois pour tout pays supplémentaire aux 18 pays initiaux souhaitant se voir accorder une annulation de dette. Selon les projets de la Banque, les pays se trouvant actuellement entre le point de décision et le point d'achèvement, dans le cadre de l'Initiative PPTE, et qui sont censés atteindre le point d'achèvement en 2006 - comme le Burundi, le Cameroun, la Guinée, le Malawi et la Sierra Leone, presque tous lourdement touchés par le SIDA/HIV - devront maintenant attendre jusqu'à juillet 2007 au plus tôt pour une annulation de leur dette - deux longues années après le Sommet du G8 de Gleneagles et presque deux ans et demi après la première présentation de l'accord par les Ministres des Finances du G8. C'est tout simplement inacceptable.
2. Alors que l'annulation de dette accordée par le FMI prévoyait une annulation de toutes les dettes jusqu'à fin 2004, la Banque Mondiale ne prévoit de couvrir les dettes que jusqu'à fin 2003. Non seulement il est absurde d'avoir des dates limites différentes au sein d'une même initiative officielle, mais en plus cela signifie que même après "une annulation de 100% de leur dette à la Banque Mondiale ", des Etats comme le Cameroun et le Malawi, qui en outre accusent des retards de paiements, devront des millions en règlement de dettes à la Banque Mondiale pour la période 2004 - 2007. Bien que certaines personnes au sein de la Banque Mondiale affirment qu'une certaine flexibilité est encore possible au sujet du délai dans lequel les pays recevront leur allègement de dette après avoir atteint leur point d'achèvement, la situation semble peu prometteuse au regard de la date limite de fin 2003.
3. Ce plan ne s'adresse qu'aux pays de l'Initiative PPTE, et touche donc un nombre beaucoup trop restreint de pays. En avril 2006, la Banque Mondiale devrait confirmer ses projets d'inclure 4 nouveaux pays à l'Initiative PPTE - Haïti, l'Erythrée, le Kirghizistan et le Népal. Mais il est peu probable que cela résolve la crise de la dette des pays en développement. De plus, certains seront en droit de demander si cet élargissement est le dernier ou si la communauté internationale envisage d'allonger encore la liste des pays (souvenons-nous qu’il y a déjà eu 4 extensions à l'Initiative PPTE permettant à de nouveaux pays d'y être intégrés). Plutôt que de reconnaître que le cadre PPTE et ses réformes d'ajustements structurels aux effets négatifs sont un tout complètement inadéquat, la nouvelle initiative multilatérale d'allègement de dette ne vise au contraire qu'à renforcer ce programme et ses nombreux défauts en continuant à n'être ouvert qu'aux pays ayant atteint le point d'achèvement. Le gouvernement du Royaume-Uni ainsi que des associations caritatives influentes ont identifié au moins 60 - 70 pays qui auraient besoin d'une annulation de 100% de leur dette pour atteindre les Objectifs de Développement du Millénaire, et de nombreux autres pays dont les dettes odieuses et illégitimes devraient être annulées. Ces annulations devraient être immédiates.
Des ONG, parmi lesquelles Eurodad, ont également déclaré que dans un souci de justice, l'accord multilatéral du G8 sur la dette devrait être élargi afin d'inclure la dette envers la Banque Interaméricaine de Développement (voir plus loin). Les ONG européennes soulèveront cette question auprès des administrateurs européens de la Banque Mondiale lorsque ceux-ci rencontreront des représentants de la société civile à Bruxelles en mars prochain.
Communiqué des Ministres des Finances du G8: http://www.g8finance.ru/fs_eng_110206.htm
ACTUALITES: Les socialistes français débattent sur la dette
Les socialistes français débattent sur la dette
Le 4 février dernier, à Paris, des représentants politiques français ont rencontré des intervenants externes autour du thème de la dette africaine. La réunion était organisée par la Fondation Jean Jaurès, un groupe de réflexion très proche du Parti Socialiste français. Cette réunion visait entre autres à lister des propositions que les Socialistes pourraient récupérer pour leur programme électoral de 2007.
Parmi les intervenants africains, ont participé un ancien Premier ministre et un ex Ministre, des militants, et le dirigeant du Congrès National Africain. Les intervenants ont tous souligné le fait que la dette africaine était un fardeau énorme pour le continent, et que les initiatives existantes étaient toutes largement insuffisantes. Selon Jean-Marc Bikoko, leader syndicaliste camerounais, les initiatives officielles menées jusqu'à présent ne sont que des tentatives des pays riches "de consolider leur pouvoir tout en détournant l'attention du public". Mahamadou Issoufou, ancien Premier ministre du Niger, a expliqué la façon dont il a dû gérer l'endettement dont son gouvernement avait hérité à son entrée en fonction en 1993. Il a ainsi décrit l'Initiative PPTE comme étant un progrès partiel, et a rappelé que le FMI avait imposé de nombreuses mesures d'austérité à son pays. Solange Koné Sanogo, militante ivoirienne, a également critiqué les conditions liées à l'Initiative sur la dette des PPTE.
Mandla Mabuza, Dirigeant sud-africain du Stalwarts Research Trust, le groupe de réflexion du Congrès National Africain, a décrit comment, après 1994, le nouveau gouvernement sud-africain a décidé de ne pas contracter de prêt auprès de la Banque Mondiale et du FMI afin de ne pas rester dépendant des institutions internationales. Il a appelé à une suspension des relations avec les Etats acceptant des arrangements bilatéraux avec les bailleurs, dans une stratégie d'unité africaine. Aminata Traoré, ancienne Ministre de la culture du Mali et militante ayant joué un grand rôle dans la préparation du dernier Forum Social Mondial en Afrique, a déclaré que la crise de la dette n'était qu'une "supercherie, une histoire d'hypocrisie et d'arrogance". Elle a ajouté ressentir une grande colère du fait que les Africains étaient "jugés sur des choix dont nous ne sommes pas responsables" et a exhorté la Gauche française à faire évoluer les politiques actuelles vers des politiques qui libèrent réellement l'Afrique de la dette.
Parmi les intervenants européens, ont également participé Alex Wilks d'Eurodad et Jean Merckaert de La Plate-forme Dette et Développement, organisation membre d'Eurodad. Alex Wilks a souligné les limites de l'Initiative PPTE et des initiatives multilatérales plus récentes et de leurs conditions. Jean Merckaert a indiqué qu'un droit international de la dette était la meilleure et sans doute l'unique façon de faire évoluer la situation actuelle, qui dépend en grande partie d’une volonté d'agir toute relative des pays les plus riches et les plus puissants. Il a également appelé à la mise en place d'une commission d’enquête parlementaire et à un audit sur les dettes.
Un certain nombre de personnalités du Parti Socialiste ont accueilli les suggestions de Jean Merckaert et des autres participants de façon positive. Cependant, la réunion intitulée "Pour un monde plus juste: comment effacer la dette africaine" n'était que consultative et ses conclusions n'engageaient pas les parties prenantes.
Les militants français et d'Afrique francophone suivront avec intérêt la façon dont la gauche française cherche à se différencier des approches actuelles et ce, avant, pendant et après les élections de l'année prochaine.
Pour plus d'informations, consulter: http://www.jean-jaures.org/
ACTUALITES: L'Indonésie pourrait rembourser le FMI plus tôt que prévu
Un remboursement anticipé de la dette au FMI serait 'bon pour l'Indonésie'
The Jakarta Post, Jakarta, 14 Février 2006
Le gouvernement pourrait bien réaliser ses projets de remboursement anticipé des dettes de l'Indonésie au FMI, a indiqué la Ministre des Finances, s'appuyant sur une étude préliminaire de la Banque centrale qui démontre que le pays en est financièrement capable et en tirera de nombreux bénéfices.
"La Banque d'Indonésie (BI) a conclu que d'un point de vue administratif - d'un côté nous devons rembourser les intérêts de l'emprunt et garantir les fonds nécessaires au remboursement des prêts, de l'autre nous devons maintenir la valeur de nos réserves de devises étrangères - nous tirerons plus d'avantages d'un remboursement anticipé", a expliqué la Ministre des Finances Sri Mulyani Indrawati lors d'une séance avec la Commission des Finances de la Chambre des Représentants, lundi dernier.
L'encours de dette de l'Indonésie au FMI atteint actuellement les 7,8 milliards de USD. Les dettes, gérées par la BI, ont été contractées sous forme de prêts conditionnels afin de soutenir les réserves indonésiennes de devises étrangères.
De 1997 à 2003, le FMI a prêté environ 25 milliards de USD à l'Indonésie afin de l'aider à sortir son système bancaire d'une mauvaise passe et à restructurer la dette du pays, en échange de la mise en oeuvre d'un certain nombre de programmes de réformes économiques draconiennes, dont la privatisation d'entreprises nationales et l'arrêt des subventions de l'Etat aux carburants et autres matières premières.
Ces programmes ont cependant entraîné de sévères critiques publiques et une remise en question des bénéfices des réformes. Les critiques ont également condamné la nature même des dettes pour la trop grande pression qu'elles entraînaient sur le budget.
Sri Mulyani Indrawati, ex cadre du FMI, a expliqué que la principale raison poussant le gouvernement à vouloir anticiper les remboursements était l'augmentation du coût de l'emprunt.
Ainsi, explique-t-elle "le taux d'intérêt a augmenté de 4,31% à 4,58% depuis le troisième trimestre de l'année dernière, s'alignant sur l'accroissement récent de bénéfices des bons du Trésor américains. A cela s'ajoute une marge de 1,08 %".
Elle a ensuite ajouté que le Brésil et l'Argentine avaient récemment remboursé l'intégralité de leurs dettes au FMI, et a exprimé ses inquiétudes du fait que l'Indonésie était maintenant le deuxième débiteur du FMI après la Turquie, et virtuellement son plus grand fournisseur de revenus, ce qui paraît injuste étant donné le statut de pays en développement de l'Indonésie.
Sri Mulyani Indrawati a ensuite affirmé que le gouvernement était confiant en ses capacités financières à réaliser ses projets, d'autant plus qu'une augmentation des investissements directs étrangers était prévue dans les prochaines années, ce qui apporterait des revenus supplémentaires aux caisses de l'Etat.
Elle a toutefois refusé de donner plus de détails sur le remboursement ou sur les échéances avant toute nouvelle consultation avec la BI.
http://www.thejakartapost.com/detailbusiness.asp?fileid=20060214.L02&irec=3
ACTUALITES: Avec une dette de 201 milliards de USD, l'Afrique ne sortira jamais de la pauvreté, explique le Professeur Jeffrey Sachs
Avec une dette de 201 milliards de USD, l'Afrique ne sortira jamais de la pauvreté, explique le Professeur Jeffrey Sachs
The East African (Nairobi)
25 Janvier 2006
Le Directeur du Millenium Project, le Professeur Jeffrey Sachs, a exhorté l'Afrique à refuser d'honorer sa dette de 201 milliards de USD si les pays développés ne la lui annulaient pas. Qualifiant les dettes africaines "d'inabordables", le Professeur Sachs, qui est aussi conseiller auprès des Nations Unies, a ajouté: "S'ils n'annulent pas ces dettes, je vous suggère d'y faire vous-mêmes obstruction". Le Professeur Sachs, alors à Nairobi, réalisait une visite de six pays afin de promouvoir la méthode du Millenium Village, expérimentée avec succès dans un village Sauri de la région kenyane du Siaya l'année dernière.
L'économiste, très applaudi, a expliqué que son point de vue s'appuyait sur des études ayant montré qu'avec ce boulet à traîner, il était impossible que l'Afrique parvienne à son principal objectif de développement, de réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015. Selon lui, des milliards d'hommes pourraient jouir des fruits de l'économie globale, et des dizaines de millions de vies pourraient être sauvées si les bailleurs tenaient leurs engagements. "Le coût de l'allègement de l'extrême pauvreté est très clairement abordable", a-t-il ajouté. Il a ensuite expliqué que de nombreux citoyens nord-américains surestiment de 30 à 50 fois le montant d'aide allouée aux pays pauvres par leur gouvernement. "Sur environ 4 milliards de USD dépensés par les USA en Afrique, moins d'1 cent sur 100 USD parvient réellement jusqu'aux Africains".
Article complet: http://fr.allafrica.com/stories/200601250174.html
ACTION: Justice pour l'Amérique latine. Document d'Eurodad sur les dettes envers la Banque Interaméricaine de Développement.
Prendre des mesures: Justice pour l'Amérique latine. Document d'Eurodad sur les dettes envers la Banque Interaméricaine de Développement
Document disponible en anglais, espagnol et français.
En anglais: http://www.eurodad.org/articles/default.aspx?id=682
En espagnol: http://www.eurodad.org/uploadstore/cms/docs/BID_deuda_condonación_final_es.pdf
En français: http://www.eurodad.org/uploadstore/cms/docs/JusticepourlALpourannulerlesdettesduBIDfév06.doc
Rencontres annuelles de la BID: du 3 au 5 Avril 2006 à Belo Horizonte, Brésil. Pour toute information concernant l'inscription, l'organisation et le programme, consulter : www.iadb.org
ACTION: Jubilee Debt Campaign rédige une lettre au Ministre des Finances britannique sur le remboursement du Nigeria dans le cadre de l'Accord du Club de Paris
Lettre à Gordon Brown sur le remboursement du Nigeria dans le cadre de l'Accord du Club de Paris
Jubilee Debt Campaign, Royaume-Uni
Pour plus d'informations (en anglais), consulter : http://www.jubileedebtcampaign.org.uk
Voir aussi le document d'Eurodad sur l'Accord du Nigeria avec le Club de Paris: http://www.eurodad.org/articles/default.aspx?id=672
ANALYSE: Prêts ‘Illégitimes’ : les prêteurs, et non les emprunteurs, sont les responsables. Article de Joseph Hanlon
Prêts ‘Illégitimes’: les prêteurs, et non les emprunteurs, sont les responsables.
Article complet (en anglais) : www.open.ac.uk/personalpages/j.hanlon/3WQ_illegitimate_debt.doc